Pour Natacha qui a dit non

Publié le par Galien -

[Blog 26]

[Lettre rédigée le 20 janvier 2005 à l'intention de Natacha - 40 ans - divorcée - Poissons ascendant Taureau comme moi !]

[Ce soir-là, me suis encore pris un rateau dans la tronche. Ca fait jamais plaisir, surtout quand ça s'accumule.]
[Huit jours plus tard, Natacha déménageait de Chambéry pour rejoindre sa famille à Nantes]

[Soir de douleur, de frustration, de haute déprime. Ai mis 3 jours à m'en remettre]

Chère voisine,

Ce n’est pas ce soir, « fourchette » en main, que je parviendrais à travailler mes putains de cours qui m’assomment.

Si tu savais à quel point je me sens gauche et maladroit en matière de séduction.
Au moins, tu ne m’as pas violemment rembarré, comme un gosse pris en faute en train de piocher dans la boite à friandises. Tu m’as dit qu’il fallait foncer. Dieu sait à quel point que j’en avais envie. A quel point tu me faisais envie. A quel point, les heures défilant, je me suis laissé prendre au charme ravageur de ton regard. Pas au point de foncer, mais d’y aller au moins sur la pointe des pieds, en pleine lumière.

Alors c’est vrai. J’ai eu l’esprit vagabond. Je m’imaginais facilement contre toi, passer la main dans tes cheveux et embrasser ta belle peau blanche. J’imaginais un séisme. Un raz-de-marée de vie, de couleurs, de doigts crispés ou pointés vers le ciel. J’imaginais la tendre guerre de deux êtres sans compromis. Et puis la nuit aurait glissé sur nous deux, fourbus, et ça aurait été la plus belle, la plus rassurante des nuits depuis bien longtemps.

Mais évidemment, la réalité est tout autre.

Tu m’as parlé ce soir de mon besoin de me justifier. Je ne vais pas te contredire. En réalité, je ne suis pas complètement aveugle. Je sentais bien que tu ne me trouvais pas « inintéressant », mais sûrement pas au point de forcer ton désir.

Pourtant, malgré ces signaux d’alerte, j’ai essayé, et comme je le pressentais, j’ai perdu.

Peut-être qu’il manquait quelque flamme dans mes yeux. Peut-être que les femmes ne trouvent pas sexy le mâle qui tente de séduire les mains croisées dans le dos. Qui demande presque « l’autorisation ». Elles ont raison : ce n’est pas sexy. Ca manque de punch et d’audace.

La vérité, c’est qu’un type de mon genre n’a pas la mémoire courte : plus il se prend de vestes, moins il ose affirmer son désir, parce que franchement, le placard est déjà plein à craquer. Dynamique de confiance qui va dans un sens, ou dans l’autre…

J’ai essayé, et j’ai perdu.
Simplement parce que je ne pouvais plus me voiler la face et, avec tes antennes, tu avais dû sentir mon attirance pour toi.
Simplement parce que l’hypocrisie n’est pas fort. Simplement parce que je suis lâche, mais pas trop quand même.
Et puis naïvement, j’ai dû prendre comme un signe des dieux ma première rencontre avec un autre poissons à cornes. Alors, j’ai lâché le morceau, parce que ça devenait trop pesant de faire l’acteur.

Alors bien sur, tu pars dans huit jours.
Bien sur, tu n’es pas femme à vivre des aventures sans lendemain. Et moi non plus d’ailleurs. Toi et moi avons besoin d’absolu pour avancer, pour vibrer, pour aimer pleinement la vie.
Reste que si j’avais réussi à te faire mousser, et malgré nos différences, je suis intimement convaincu qu’il y avait là une belle parenthèse enchantée à vivre dans nos existences. Tu aurais pu être celle qui m’aurait donné la force d’aller encore de l’avant, et moi le type qui t’aurait fait quitter la Savoie sur de bonnes sensations (du moins, j’espère !).

Bon, d’accord, je plane à cent mille. Maître de mon univers, je peux imaginer tout et n’importe quoi. Même l’impossible est à ma portée. Dans ce monde-là, il y avait une jolie rouquine, tout feu, tout flamme que j’aurais pris par la taille, ouvrant enfin la malle de mes trésors les plus secrets et les plus intenses. Dans ce monde-là, je devenais enfin, pour quelques heures ou quelques jours, le centre du monde au yeux de quelqu’un d’autre. Dans ce monde-là, j’aurais senti que j’étais quelqu’un de vraiment bien…

Je ne regrette pas de t’avoir dit que mon ampoule s’allumait pour toi. Je referais exactement la même chose si c’était à refaire. Peut-être moins comme un gosse, et davantage comme un homme. Un « vrai », comme se plaisent à le dire les femmes.

Que veux-tu, ces choses-là ne se commandent pas. On ne demande rien et ça nous prend aux tripes, parfois au cœur, comme ça, insidieusement ou brutalement, sans jamais prévenir. Et moi, j’en étais arrivé à un stade où le désir me tordait les doigts, et où mon cerveau faisait des tours et des tours sur lui-même. Sûrement l’explication de mes vertiges de ce soir…

Au moins, avec toi, j’ai appris une chose : que Carabosse du matin pouvait dissimuler une belle princesse le soir. Qu’il faut parfois essayer de dépasser la première impression. Je m’en souviendrais pour l’avenir…

Tu es une bonne mère, une bonne copine comme il y en a peu, et une très belle femme (ce qui ne gâche rien).

Hasta la vista,

Le voisin.

PS : Tu es vraiment très très sexy dans ton vieux jean…
PS2 : Mais surtout, pour l’amour du Ciel, ne te coupes plus les cheveux !

[Finalement, j'ai gardé cette lettre pour moi, sans la glisser sous la porte de Natacha]

[Depuis son départ, Natacha m'a rappelé deux fois. La première fois pour m'inviter chez  elle à Nantes... et la seconde fois, tout récemment, afin de me prévenir qu'elle passera quelques jours à Chambéry, et qu'elle aimerait bien qu'on se voie... mmm... affaire non classée ?]


Publié dans A fleur de peau

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