Le cauchemar de Darwin

Publié le par Galien -


[Blog 23]




En haut, c'est ce qu'ils nous VENDENT, et que NOUS mangeons.
Au milieu, c'est ce que EUX ils MANGENT
En bas, c'est ce que NOUS leur VENDONS (Noël compris)


[Film-documentaire vu le 15 avril 2005]
[Impressions post-projection, non structurées]
[Silence et immobilisme dans la salle lors du générique de fin]

Le Cauchemar de Darwin, ou la perversité des rapports Nord-Sud, qu'on appelle pompeusement la globalisation...

Le lac Victoria, en Tanzanie, 2eme plus grand lac du monde.
Tout autour, un sale bidonville boueux, à Mwunza.
Des gamins unijambistes en béquille.

Dans les années 50, quelqu'un jette un seau avec de jeunes perches du Nil dans le lac, auparavant inexistentes dans cette région du monde.
Le poisson est un énorme prédateur, aussi grand qu'un homme.
Conséquence : En quelques décennies, toute la biodiversité du lac bousillée.
 Les algues prolifèrent, l'oxygène se raréfie, et faute de proies, le poisson devient cannibale.

L'économie s'adapte.
Avant, les gens vivaient à peu près en bonne coexistence avec ce lac riche et luxuriant.
Aujourd'hui, les pêcheurs travaillent pour l'usine tenue par des indiens. Mille personnes travaillent et découpent des filets qu'ils ne mangeront jamais.

La ronde des avions-cargos russes qui expédient minimum 500 tonnes de filet de perche par jour vers le nord, 1ere exportation de Tanzanie.
Les femmes attirées par le travail et l'argent. Le SIDA qui se répand comme une traînée de pourdre autour du lac. Au moins 10 pêcheurs par mois tués par le virus.

La misère. Des dizaines de mains d'enfants qui plongent tous dans une grande casserole pleine de riz. On se bat pour garder sa bouchée, on se dépêche d'avaler.
A qui donc profite cette "richesse" ?

La perche part en Europe. La tête et les carcasses autour des bidonvilles, jetés par terre dans la boue, sous le soleil d'Afrique.
Le poisson dégage du gaz amoniac qui fait mal aux ventres et détruit les yeux de ceux qui récupèrent les carcasses pourrissant dans la boue au soleil.
Les oiseaux par centaines, par l'odeur alléchés. Les vers qui grouillent. Les humains qui ramassent les restes et les alignent en hauteur sur des bûches, avant de frire
ces arêtes pour les revendre. Une partie de l'Afrique se nourrit de nos poubelles.

Untel, misérable, aurait voulu être instititeur.
L'autre, piloter des avions.
Eliza la pute, qui se vend aux pilotes, et qui aurait aimé travailler dans l'informatique sera tuée pendant le tournage, par un australien qui lui aura défoncé la gueule, et planté un poignard dans la poitrine.
L'autre encore, qui nous apprend que l'Afrique a déjà remboursé sept fois sa dette, mais qu'elle paye intérêts, pénalités de retards... et reste ainsi à la solde du Nord, finalement jamais remis de la décolonisation.
 
Le SIDA partout. Le pasteur qui n'évoque jamais les capotes aux illétrés.

Les gamins, qui récupèrent les emballages plastiques des perches. Chauffage et fonte, avant de sniffer cette colle liquide.

Les avions-cargos arrivent avec des armes, de l'Europe, de russie, du Proche-Orient, de l'Inde et repartent avec de la nourriture. Un avion plein rapporte davantage que lorsqu'il est vide. Peu importe la cargaison. Business is business. Et Mwunza, ville de perche, Mwunza, qui crie famine, est la plaque tournante du trafic d'armes en Afrique.

L'Afrique, est source de vie, comme le dit ce pilote, et nous on leur expédie la mort. Les gens veulent la guerre. Au moins, ils sont payés quand il y a la guerre.

Un jour l'Afrique devra se lever, récupérer sa fierté, ses richesses, et ne plus se mutiler ainsi à la solde du Nord dominateur et sûr de lui, du Nord qui suce le sang d'un continent entier.

Pour ma part, je savais - par images dispersées -  la misère et pauvreté d'une partie de l'Afrique.
Mais ce film, pris sur le vif, sans commentaires si ce n'est ceux des témoins vivant sur place, je viens de comprendre toute la perfidie du système...
Et dire que tout a commencé avec un seau de petits poissons... c'est vraiment rageant !        

Publié dans EntenduVuLu

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Eric Koné 13/06/2005 13:06

Et bien tu l'as dit. Je ne sais pas ou trouver de documentaire si tu pourais me le dire... Le pire c'est qu'en Afrique c'est partout comme ça. Il faut que les africains comprennent que c'est a eux (a nous) de se battre pour changer les choses. Et ceci dans une lutte non violente que ce soit dans les actes ou dans les paroles. Nous avons les moyens de changer les choses, il faut juste une petite impulsion d'un groupe d'individus éclairés.