Date limite de fraîcheur des étudiants

Publié le par Galien -

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[Billet d'humeur rédigé dans la nuit du 27 juillet 2004]


Qu’est-ce qu’un étudiant en France aujourd’hui ?

L’étudiant, tout d’abord, est jeune. Il a entre 18 et 25 ans, et il vit ses années les plus fun.
Il a encore la peau lisse, les dents blanches malgré l’abus de tabac, il porte des pantalons baggy, ou bien des vêtements très près du corps, et il déborde d’énergie positive.
Il a des tas d’amis, il va a des tas de soirées, et vit des expériences sexuelles incroyables.

L’étudiant est cool. C’est important d’être cool. On le voit d’ailleurs sur les brochures de mutuelles étudiantes. Ils sont beaux, dans leurs fringues aux tons bariolés, gentiment bordéliques, ils sont heureux et font plein de projets de voyages ou d’achat de voitures en attendant le diplôme.
Et il y a plein de choses prévues pour lui : des logements étudiants, des prêts étudiants, des tarifs étudiants…
D’ailleurs, l’étudiant, pour les banques, c’est le client sur lequel il faut investir. Quand enfin, il s’habillera tout en gris avec le regard terne pour aller au boulot, il deviendra quelqu’un de vraiment intéressant. En attendant, il faut le ferrer et l’aider dans ses projets encore immatures. Oui, l’étudiant est vraiment un être charmant…

Mais il y a un autre type d’étudiant.

Celui qui ne rentre pas dans les petites cases du profil-type.
L’étudiant qui a déjà étudié, travaillé, et qui revient étudier parce que vraiment, il en a marre de galérer.
Le vieil étudiant.
Celui qui fréquente les bacheliers encore verts.
Il est entré dans la trentaine. L’âge de la plénitude pour beaucoup. L’âge du costume gris.
Revenir étudier à cet âge signifie qu’on a raté certains virages de son existence.

Le vieil étudiant, l’attardé, porte forcément la marque de l’échec.

On n’aime pas cet individu singulier, marginal, bizarrement courageux.
Le vieil étudiant a ceci de particulier qu’il est exclu de la plupart des privilèges étudiants du fait de son âge. Les banques ne lui font pas confiance. Son avenir est déjà derrière lui. Pas de prêt pour lui, parce qu’il est tout seul, trop seul, et que l’étudiant, le vrai, a papa-maman pour garantir de sa probité.
Les logements du CROUS ? Il est trop vieux, il a dépassé la date-limite. Non, vraiment, le vieil étudiant est un être à part. Il est accident de casting, une tâche dégoulinante sur un tableau idyllique.
Mais le vieil étudiant à un avantage sur ses cadets : il est déterminé. Il sait que c’est là sa dernière chance et ne vas pas se disperser en vaines débauches étudiantes.
Le vieil étudiant, c’est moi.
Au-delà des sarcasmes, ma fierté au placard, au pied du mur pour un nouveau départ. Je n’ai pas les privilèges, mais j’ai la Foi. Foi en mes capacités et ma discipline. Et c’est bien ça le plus important.

[Bien entendu, toutes les banques m'ont refusé un misérable prêt étudiant... peu importe, je m'en suis quand même sorti sans ces suceurs de sang.]

Publié dans Défouloir

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