L'ex-femme de ma vie

Publié le par Galien -

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Ce serait lâche de ma part de ne pas consacrer un petit chapitre de ce blog à Sophie, ma belle Sophie, aujourd'hui si loin de moi.

Comme la chanson, j'ai encore rêvé d'elle, il n'y a pas longtemps de ça. Retrouvailles tendres et chaleureuses. On se pardonnait tout. J'avais enfin trouvé ma voie, et elle me faisait enfin confiance. Cruelle déception à mon réveil...
Deux ans durant, elle a été mon spectre amoureux. Elle me harcelait la nuit, dans mes rêves, alors que j'essayais de l'oublier le jour, entre chômage, dépression et isolement. Dans ces rêves, nous étions souvent sur le point de nous embrasser, ou de faire l'amour. Mais à chaque fois, Morphée créait un deus ex machina qui avortait ce précieux moment de renaissance. Comme si mon inconscient posait ses propres limites au masochisme intérieur.

Dyslexique, Sophie parlait lentement - et bien moins que toutes ces parisiennes arrogantes qui s'étouffent dans leur propres logorrhées - mais chaque syllabe, chaque mot qu'elle disait, avait du relief, de la chair, de la vie.
J'étais dingue aussi du timbre de sa voix, posé, féminin, aussi soyeux qu'une nuisette de soie blanche.
A mes yeux, elle avait la Grace, même si elle ressemblait à un canard maladroit quand on la regardait courir. Mais quand sa belle silhouette élancée dansait le flamenco, ou s'ébattait en natation synchronisée, je savais que j'étais amoureux, et profondemment lié à une sirène...

Parfois elle était psychorigide, mais elle savait être espiègle aussi. Elle pouvait se changer en jolie souris, et se blottir contre moi pour anéantir mes résistances.
J'aimais sa peau chaude et lisse du matin, sous la grosse couette, et j'adorais sa façon toute particulière de me dire "bonjour", les yeux encore fermés, le corps encore alangui de sommeil.
Ce "bonjour", c'était un vrai "je t'aime", ça voulait dire qu'elle était heureuse de se réveiller chaque matin à mes côtés. Nostalgie, nostalgie de jours à jamais perdus...

Je pourrais tant écrire sur elle, mais je ne veux pas trop me lancer dans une entreprise d'excavation du passé. Ce que je sais, c'est que jamais personne d'autre ne m'a ému comme elle a su le faire...

Nous sommes restés quatre ans ensemble, chacun sur sa planète, même si parfois on se rejoignait pleinement sur un bout de Lune quand nous étions l'un contre l'autre.
Mais nous n'avons pas su communiquer au moment de la grande Crise. Elle était prisonnière de ses angoisses et de ses certitudes, et moi j'étais bouffi d'orgueil comme un kangourou dressé sur ses pattes arrières.
Le clash a fait son nid jusqu'à l'été 2001 où, la voix toujours posée, les jambes repliées, bien enfoncée dans son fauteuil, elle brisa définitivement nos liens. J'étais alors au désespoir, et elle, en Antarctique, avec déjà quelqu'un d'autre en tête. Je sais qu'elle s'est mariée avec cet autre en mai 2004, et ils vivent maintenant ensemble à Toronto. Bientôt, elle sera maman, c'est certain...

Quand à moi, mon purgatoire a été long et douloureux. Après quatre ans de zigzags, je suis dans la phase d'acceptation. Mais il reste encore tout plein de choses à reconstruire. Une grande partie de moi-même a volé en éclats quand l'histoire s'est achevée...

C'est vrai que j'aimerais bien la revoir, le temps d'une journée, pour discuter, car il m'arrive encore de penser à elle. Je me demande comment elle me verrait, si elle m'aurait trouvé changé, et surtout si son coeur se remettrait à battre un peu plus vite que la normale...




Publié dans A fleur de peau

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