Zombie et imposteur

Publié le par Galien

[Blog 31]

Dans cinq jours, je passe mes derniers examens infirmiers de l'année. Traumato et infectieux. Je vais me planter ce coup-ci, c'est quasi-sur. Et je n'en ai rien à foutre.
Dans douze jours, je dois entamer mon troisième stage, en chirurgie ambulatoire. Et je n'en ai absolument pas envie.
Tout ce que je veux, c'est me foutre en boule sous une couverture, fermer les yeux, et me décomposer. Le reste n'a plus vraiment d'importance.
Je suis un imposteur. Je n'ai rien à faire dans la profession infirmière. Je n'ai pas les qualités requises pour ce métier. Pour aider les autres, il faut commencer par croire en soi. Mission impossible. Je me sens, plus que jamais, au bord de l'abandon définitif. Une réflexion désobligeante d'un patient, une mauvaise ambiance dans l'équipe soignante, une grande lassitude matinale, et je bascule. Rideau sur une illusion, une de plus.
J'attend, impassible et sans défense, le coup qui m'enverra au tapis.

Ces dernières semaines, j'avance un peu comme un zombie. Je ne suis pas triste, je n'ai pas envie de pleurer, je n'ai pas envie de rire, je n'ai pas envie de m'investir, j'ai juste envie que tout s'arrête. Je dors souvent, je me dessèche, je me desquame, je me sens vide, inconsistant, imcomplet, en clair, complètement nul. Ma vie, ce que je fais au quotidien, ne semble plus avoir aucun sens. Je suis dans le désert et tous les oasis que j'aperçois ne sont que des mirages. Du sable, rien que du sable.

Je regarde très peu la télé. Allergie aiguë à la télé-réalité-mensonge, aux talk-shows, et autres paillettes qui ne cessent ne renvoyer les médiocres à leur médiocrité. Seules les infos, Arte, les docs et les films passent encore le filtre délobomitisant. C'est déjà ça.

Après quelques sorties communes, je m'éloigne de Priscilla. Je ne l'appelle plus, et elle, pas davantage.
Je pensais, à tort, qu'avec elle, la roue avait enfin tourné. Terrible desillusion.
En fait, sans vraiment le vouloir, elle m'a flingué de part en part. Elle a donné du grain à moudre à tous mes démons. Clairement, elle m'a dit - sans méchanceté aucune - que rien que dans ma posture, on sentait que je n'avais pas confiance en moi... Ou encore, sans me viser directement, que je n'étais pas assez "homme" pour elle, c'est-à-dire que je ne présente pas assez de signes extérieurs de virilité... Adulescence, quand tu nous tiens...

De ma retraite, discrètement, j'observe beaucoup les autres. Avec intensité et jalousie. Et invariablement, je me dis "untel a une meilleure vie que moi", "untel est bien dans sa peau", "untel a une vie sexuelle". Tout le monde s'épanouit, s'éclate, baise, fait l'amour autour de moi, c'est obligé.
Le sexe, on y revient toujours. Ma libido est très basse actuellement. Et baiser, simplement baiser pour se dégorger le poireau, n'a plus d'importance à mes yeux. Oh, à l'école d'infirmières, c'est un manque que je pourrais vite combler si je foncais tête baissée, sans me soucier de l'autre comme de moi-même. Malheureusement, la plupart des filles que j'ai connu charnellement après Sophie manifestaient très vite de l'attachement envers ma personne, sans que ce soit réciproque. Donc, je casse, je fuis, je disparais.
Et je n'aime pas ça.
Je n'aime pas reprendre ce que j'ai donné l'espace d'une nuit.
Or actuellement - hormis Priscilla - je n'ai pas fait de belle rencontre qui me donne envie de faire trembler les murs. Celles qui me regardent avec un brin de convoitise, sont des "petites jeunes", qui ne me plaisent pas vraiment.
Car malheureusement, malgré mon air post-teenager, je suis de plus en plus attiré par des femmes mûres, et qui ont déjà un certain vécu. Mais celles-ci me regardent comme un gamin, un gosse maladroit, et au lieu de me prendre au sérieux, me donnent des conseils pour me trouver "une petite copine". Qu'elles aillent au diable...
Chaque jour est un jour d'amour en moins. Cette phrase me hante. Cela fait longtemps maintenant que je n'ai plus qu'un oreiller sur mon drap, je devrais m'y habituer, et pourtant je me déshabitue à cette idée.

A Chambéry, on est entouré de montagnes. J'adore la montagne. Mais depuis que je arrivé en Savoie, je m'interdis d'y aller. Je ne veux plus marcher seul. Plus on est proche de la nature, plus on sent la vérité des choses. Et j'ai peur de me sentir plus seul que jamais sur les chemins de randonnée. Alors je m'abstiens. Je me réserve, peut-être, pour des jours meilleurs.

L'été approche à grands pas. Je vais, plus que jamais, me retrouver encore seul face à moi-même. Hier, dans mon lit, j'ai passé en revue mes étés du nouveau millénaire :

Eté 2001, horrible année de la rupture avec Sophie. A la rue, au chomâge, je sous-loue le studio de mon cousin, rue de Lappe, à Paris. Dépression aiguë. Intense douleur. Du chite pour s'évader et s'enfoncer. Hémorragie de l'âme. Le monde est un gros paquet de merde.

Eté 2002, autre studio, à Paris. Job d'été dans une brasserie comme caissier Française-des-jeux. Métro-boulot-dodo-dépression. Puis en septembre, départ sur les routes du sud - quitter la capitale avant l'exil définitif de Sophie à Toronto (auprès de celui qui deviendra son futur mari) - vendanges, inondations, dodo dans la voiture...

Eté 2003, exil pseudo-définitif à Montréal. Rencontre avec une autre culture, d'autres gens, dépression ondulante, bons souvenirs. J'y retournerai, si Dieu me prête vie.
 
Eté 2004, en Savoie, admis en école d'infirmier à Chambéry. Je loue une grande chambre chez Mme Castano, ma logeuse que j'aime bien. Je vais à la salle de musculation, je m'occupe de son potager, j'arrose ses dix mille fleurs. Je lis. Je retravaille sur mon scénario. Je surfe un peu sur le web et je correspond avec l'étonnante Claire, une fille d'Annecy qui écrit avec la main des anges. Autrement rien. Mais merci Mme Castano, de votre acceuil, de votre présence, de votre humanité et de votre gentillesse envers un pauvre diable comme moi.

Eté 2005, mon studio à Chambéry. Normalement, 3 mois de stages hospitalier, entrecoupé d'un mois de vacances en août. Mais rien n'est moins sur pour cette morne et belle saison.

Tout cela ressemble à une lente renaissance. Mais en fait, je sauve les apparences. Mes démons sont vivants et bien vivants, ils me tirent vers le bas, me poussent encore à tout détruire, pour encore avoir l'illusion de rebâtir quelque chose, de meilleur et de plus viable. Mais dans mon cas, rien, absolument rien ne s'obtient sans persévérance et discipline.

Et comme une litanie diabolique, ces paroles écrites en 2002, tournent en boucle dans mon esprit aplati :  

(...)

Fallait tout valdinguer
Pour ne pas devenir dingue
Eviter de se flinguer
Sans pouvoir faire la bringue

(...)

A suivre...

Publié dans A fleur de peau

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soso 27/05/2005 18:37

la roue tourne pour tout le monde, les moments de bonheur qui se sont tant fait attendre arrivent enfin. Là est la véritable renaissance...