Dans les serres de la Française des Jeux

Publié le par Galien -

[Blog 16]

[Entre 2 périodes de chomage, été 2002, j'ai trouvé un job de caissier-vendeur pour la Française des jeux, à la Brasserie l'Atlas - Paris 6]

Il est étrange de voir, qu'au moment de la vente, la plupart des clients laissent transparaitre impatience et fébrilité. Car ce n'est pas une vente ordinaire. Pour certains, ca se sent, c'est presque un acte sexuel.
Et le plus drôle, c'est que toi, derrière ton guichet, toi qui va chercher le ticket, ils t'investissent presque d'une mission christique : Changer leur vie.  C'est énorme. Tu le comprends avec leurs yeux, leurs silences, leurs lèvres sérrées, toute leur est attente est contenue, boursouflée durant ces secondes où tu vas leur donner LE billet pour le paradis... tu n'es plus un vendeur, tu es un saint... et tu redeviens simple vendeur, qu'ils méprisent, quand ils ont perdu... tout ça c'est de ta faute quelque part...
 
A mon grand regret, durant deux mois, je n'ai changé la vie de personne et le plus gros gain payé n'a pas dépassé 200€...


[Petite galerie de personnages qui revenaient de temps en temps, régulièrement, voire très souvent...]

Le petit retraité sympathique toujours en bleu de travail,
L’Italien plein aux as (chemise ouverte, chaîne en or) qui joue qui joue qui joue et qui me laisse de généreux pourboires,
L’ex soixante-huitarde tombée dans l’escalier, qui entretient sa mémoire abimée en jouant les numéros de Loto correspondant aux dates-clés de son existence,
Le grand baroudeur quarantenaire, chemise fine sur large poitrail, visage tanné par les aventures, avec de belles liasses de billets dans les poches,
La caissière créole riglolarde, un peu suante, et nantie d'une chance insolente,
Le jeune black très style toujours à la pointe de la mode,
Monsieur Simon aux allures de prêcheur gospel, véritable figure de cinéma respirant le bonheur et l'optimisme,
Le type aux cheveux poivre et sel, genre directeur d’entreprise à la fois radin et moqueur (c’est vraiment un boulot de chien que vous faites),
Le serveur turc polyglotte joueur compulsif depuis quinze ans et qui perd tout le temps,
L’autre serveur à l’élocution rapide,
L’espèce de blondasse, jambes maigres et accent de l’Est, poursuivie d'une ecoeurante odeur de cocotte,
L’ancien coureur cycliste accroc au courses de chevaux,
L’aristo vieille et blonde naturellement hautaine,
Le président d’une association pour la paix dans la monde (et que je soupçonne de piller la caisse pour assouvir son vice),
Le probabiliste qui toujours gagne un peu sans pour autant récupérer sa mise de départ,
Le bourgeois qui joue les mêmes bulletins de Keno pour chacun de ses enfants,
Le type ventripotent, teint rougeaud, énormes valoches sous les yeux, barbe blanche coupée courte, parieur et joueur à la fois calme et obsessionnel, qui achetait les jeux à gratter par piles. A mon étonnement, il ne grattait pas complètement les tickets, connaissant d’avance les « lettres-codes » indiquant d’avance un gain ou une perte,  
Le Masaï en costard, et qui exige que je prenne les jeux à gratter de la main droite…

De toute cette expérience, j'ai retenu quatre choses :

- La chance existe vraiment. Il y en a qui sont nés pour gagner bien plus souvent que la moyenne, et d'autres qui sont de vrais poissards ambulants...
- Il y en a qui jouent pour gagner, et d'autres qui payent pour jouer.
- Etant le donné le nombre de billets vendus, et le nombre de billets gagnants, je suis définitivement vacciné contre les séductions de la Française de l'Arnaque.
- Avec les pourboires, je suis, de loin, celui qui a réalisé la meilleure affaire de l'été parmi cette brochette de malchanceux.

Publié dans Les Zumains

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