Cette humanité pourrie jusqu'à l'os

Publié le par Galien -

[Blog 9]

[Texte rédigé hiver 2002]
[Période très difficile. Blessure sentimentale, isolement, dépression, cannabisophilie, dents jaunes, exclusion...]

-  Que se passe-t-il donc ?
C’est quoi ce malaise ?
Pourquoi cette impression tenace d’être une cellule malade, perdue au milieu d’un corps rongé par un cancer souriant jusqu’aux pinces ?
Docteur, ou êtes-vous ? Passez-moi au scanner. Faites des radios. Quoi, je dois revenir demain ? Trop de monde en salle d’attente ? Mais je suis déjà venu hier ! Non, je vous ai déjà dit que je n’avalerai pas vos sales pilules pour patienter ! Je veux savoir ce qui ne va pas ! Je veux localiser le mal, et au plus vite. Après, ce sera trop tard ! Revenez doc, revenez ! Partez pas comme ça…

Il s’est enfui, le salaud.

A qui dois-je m’en prendre alors ? Qui est coupable ? Qui est vecteur du mal, qui a introduit ces serpents répandant ainsi leur venin sur ma vie ? Pourquoi ne suis-je pas, comme tant d’autres, étanche au poison qui macère ?

Je me retourne alors vers Estelle. Je m’entends assez bien avec Estelle, même si elle vit dans une exaltation, une joie de vivre égale à ma mélancolie. C’est une célibattante qui a tout pour elle : la beauté, le sourire, les yeux papillon, un corps incendiaire, un boulot épanouissant, un joli appartement, des tonnes d’amis, et surtout l’art inné de ne pas se laisser gangrener par les drames de l’existence. Elle est solaire, Estelle. C’est une petite bombe atomique au pouvoir érotique désarmant, explosif où viennent s’anéantir, avant de fuir comme des lapins, ses amants de passage. Bien sur, ces brusques débandades l’attristent un peu mais ça ne dure pas. Elle ne s’écroule jamais en bord de route, Estelle. Elle continue, vaille que vaille, son galop du carpe diem. Elle veut dévorer la vie plutôt qu’être dévorée. C’est une boule d’énergie incandescente qui rentabilise à fond chaque jour de sa vie.
Je lui demande pourquoi un tel appétit. Elle me dit je ne veux rien rater. Dans un coin de ma tête, je note qu’elle n’a pas employé le mot « réussir ». Elle a dit « rater ». Le monde est un banquet, et il faut goûter tous les plats reposant sur la belle nappe blanche. Il faut avaler plutôt que déguster, parce que la vie est courte. Peu importe ce que j’ai dans la bouche, ce qui compte surtout, c’est ce que je vais y mettre. Consommons, consommons jusqu’à l’indigestion s’il le faut.
Je lui demande si elle est heureuse. Elle réfléchit quelque secondes parce qu’elle sait que je n’aime pas les réponses superficielles. Elle hésite et finit par lâcher : Je prends beaucoup de plaisir mais je ne suis pas heureuse. Merci Estelle de ta franchise. D’un coup, je me sens un peu moins seul, un peu moins débile. Elle aussi a un serpent qui glisse furtivement en elle. Mais elle l’ignore, le laisse vivre, et sa belle énergie consume les symptômes de sa présence sans jamais le tuer. Alors que moi, je l’affronte pied à pied, tous les jours, jusqu’à sa décapitation ou la mienne...

-  Inutile de te fatiguer pour rien, mon petit gars. Tu perds ton temps. Enroules-toi autour de la bête, et fais comme les autres. Fais semblant. Refoules. Acceptes. Ecrases-toi. Enfiles un bleu de travail, un costard, l’uniforme que tu veux et va pointer.

-  Mais…mais il paraît que les cravates empêchent l’oxygène d’irriguer le cerveau…

-  Tu n’as pas besoin d’oxygène. L’oxygène, c’est pour les romantiques, les idéalistes à deux balles, où à la limite pour les touristes qui ont de quoi se le payer. Ca n’a plus cours dans nos villes. Même les étoiles ont fui. Et on s’en fout des étoiles, c’est pas assez rentable. Tu t’acharnes à vouloir respirer ? Regardes-toi, petit putois. Tu étouffes dans ta propre merde. Tu pues l’Exclusion à plein nez. On t’a traité de raté, de bon à rien, de minable. Tu n’as donc aucune fierté ? Tu ne comptes pas, tu prends de la place, tu nous déranges. Souviens-toi à chaque seconde que tu n’es rien, parce que tu n’as rien. Mais comme tu n’es pas complètement idiot, tu peux encore rentrer dans le rang. Rappelles-toi que l’estime publique est toujours proportionnelle à ton compte en banque. Il te faut juste bosser consommer, bosser, consommer sans te poser aucune question, sans jamais te dire que les dés sont pipés. C’est tabou de croire ça et surtout ça continue de te faire passer pour un crétin. Un petit marginal de mes-deux complètement périmé, méprisé par toutes les femmes, et qui, heureusement, n’aura aucune descendance. Pas étonnant que tu te sois fait plaquer…

-  Mais j’ai essayé pourtant. A vingt ans, j’ai cru a tout ça. Je voulais être comme vous tous, marcher au pas de l’oie. Et je rigolais, je méprisais les petits révoltés qui crachaient sur le « système ». Je me disais : ça leur passera à ces petits cons. Ils sont encore dans l’adolescence. On les vois maintenant. Surtout parmi les soixante-huitard déchus. Ils ont renoncé. A trente ans, il se sont posés. Ils ont atterri. Ils ont jeté leurs idéaux dans la fosse commune.
Mais moi, j’ai fait le chemin inverse. Je me suis confronté au réel. J’ai subi son étreinte, ses exigences, ses codes et ses objectifs toujours plus contraignants. Mais je ne comprenais pas tout ce stress. Tout cet engagement forcené dans le boulot. Comme des bêtes prises au piège. Pourquoi tant de rage ? Avoir une grosse maison, une grosse voiture, un gros compte en banque, une grosse montre en or, un gros canapé Conforamax ? Et après ? Qu’est-ce qui se passe ? On va ou ? On fait quoi ? Une partie de moi a toujours refusé de plier. De rentrer dans le « truc ». J’ai changé mille fois de boulot. Partout, les mêmes distorsions. Partout la même folie, d’aller plus vite que le temps lui-même, d’être efficace en se donnant à 200%, de manger sur le pouce, de jouir plutôt que de comprendre.
J’allume la télé et je vois que la milliardaire Christina Onassis s’est suicidée dans sa piscine. Je surfe sur le net et j’apprends que les suicides sont la seconde cause de mortalité en Europe, après les accidents de voitures, et juste avant les cancers. Comment se fait-il que l’homme, dans sa « toute-puissance » soit la seule créature vivante qui en vienne à se suicider de son plein gré ? Mais est-ce vraiment de son plein gré ? N’y a-t-il pas quelque Main invisible qui les oblige à se supprimer ? La France, quatrième puissance mondiale, est pourtant championne du monde dans la prise de tranquillisants. Distorsions et ruptures. Il y a ces jeunes boutonneux qui se jurent amour devant Dieu, et qu’on retrouvent au tribunal quelques années après. Ou sont-elles passées leur belles promesses rose bonbon ? Ils avaient pourtant tout pour être « heureux » : De jolis meubles, de bons revenus, une bonne santé, des valeurs communes, peut-être des enfants aussi. Et ils pensaient que cela suffirait ? Ils pensaient que l’amour s’érigeait comme un hamburger, comme une suite d’ingrédients empilés les uns sur les autres ? Dans leur arrogance, ils croyaient pouvoir contrôler leur sentiments comme ils contrôlent leur vie professionnelle ? Ignoraient-ils donc que leurs idéaux amoureux sont incompatibles avec les desiderata de la Grande Broyeuse ? Etaient-ils aveugles au point de ne pas voir qu’ils se lasseraient, se trahiraient, chercheraient refuge dans quelque bras clandestins ?
Et que signifient ces cohortes de zombies plantés devant leur écran des heures durant, sinon pour conjurer leur solitude, d’oublier l’étau de la modernité ? Regardez-les, ils se prennent d’amour à des idoles de papier, pour oublier leur propre médiocrité. Ils «tchattent» avec un inconnu du bout du monde sans dire bonjour au voisin de palier. Ils s’inscrivent à un club de rire, où ils se gaussent connement, mécaniquement pour évacuer les toxines urbaines, pour oublier ce monde trop sérieux où l’on se moque de tout et où on cultive l’art du sourire niais. Ils s’aliènent dans le travail, dans la maladive contrainte de rentabilité, pour espérer exister aux yeux des autres. Ils intègrent des sectes, embrassent des religions, parce qu’ils sentent que la mécanique de leur vie se grippe. Ils se droguent, juste pour se droguer. Non pour accéder à une réalité supérieure mais pour oublier, fuir, fuir quelque heures cette réalité métallique, sans espoir, d’une scandaleuse platitude malgré les paillettes. Et ils continuent de planifier l’avenir, toujours plus resplendissant que cet insipide présent. Ils partent en vacances à l’autre bout du monde pour oblitérer leur environnement toxique (Et plus la destination est lointaine, plus cela suscite l’admiration des collègues de travail). Et ils préparent leurs souvenirs à l’avance, appréciant un beau panorama derrière l’œil d’un caméscope. Ce qui compte, c’est ce qu’on a fait, pas ce qu’on est en train de faire. Et qu’est-ce que l’individualisme galopant, sinon une vaine tentative de libération contre l’hambergurisation des esprits ?
Contemplez le spectacle de leur déchéance : Ils se dépècent, se démembrent en avatars virtuels sur la Toile, ils se divisent en tribus, chez les uns et chez les autres, ils pleurent d’exister partout à la fois, à gauche, à droite, et si possible à la télé. Avec leur voitures, leurs portables, leur agendas numériques qui régulera leur schizophrénie. Ils ne savent plus qui ils sont. Et la Technique nous tend tous ces « merveilleux » outils en murmurant tenez, tenez, fuyez encore pauvres diables.

Et plus bas, il y a la masse qui grossit. Qui gronde, et qui casse. La masse des exclus, des sans-portables, des sans-voitures, des sans-diplômes, des sans-pistons, des sans-espoirs, des sans-un-sou. Elle est là, elle fait tâche d’huile dans le monde entier, et ce cancer social est rebaptisé avec pudicité « inégalités sociales » parce que nous sommes trop couards, trop lâches, trop refoulés pour appeler un chat un chat.
Et de quoi, rêvent-ils ces misérables ? Ils rêvent d’avoir une vie normale. Ils rêvent de consommer comme des gorets, de faire comme les riches, de vivre dans l’autre esclavagisme, l’illusion de leur liberté et du bonheur vulgaire. De troquer leur pauvreté contre la médiocrité matérialiste. Ici-bas, on est riche de ce qu’on possède, pas de ce qu’on est. Mais ont-ils seulement conscience ? Bien sur que non. Eux aussi sont conditionnés pour ça. Pour croire au bonheur dans la caverne d’Ali Baba.
Elle est là cette masse frustrée, avide et jalouse, elle s’approche chaque jour un peu plus du joli pavillon de Mr Schtroumpf. Il a peur, Mr Schtroumpf, surtout quand ce mal rampant se cristallise dans la folie meurtrière d’un Richard Diurne flinguant de sang-froid huit élus municipaux avant de supplier qu’on le mette à mort. Lui, le militant politique, le bénévole humanitaire qui vivait encore chez sa mère. Vains efforts du « psychopathe » pour se faire une place au soleil. Indécrottable sentiment de rejet. Spirale infernale de l’exclusion sociale, qui peut tuer un individu de l’intérieur. Pointant le canon du fusil sur les élus à quatre pattes changés en gibiers de potence, son regard devait dire « coucou ! moi aussi j’existe ! ». Si je n’existe pas par mon engagement social, par le chômage, ou par les yeux d’une femme qui me dirait son amour, alors j’existerais par vos cris de panique, les supplications de vos regards apeurés, votre vie sera pour une fois, liée à la mienne. Je vais faire voler en éclats votre indifférence à mon égard. Ultime sursaut de la bête enragée acculée au désespoir. Baroud d’honneur de l’handicapé social, que la société a fini de changer en non-être. Insurmontable paradoxe qui conduit un individu à vivre tout à la fois à l’intérieur et hors de cette société. Mortelle déchirure. Situation aberrante mise en sourdine le temps d’une parenthèse meurtrière. Et quand viennent le temps des funerailles, on gave Mr Schtroumpf de compassion institutionnelle, on pleure ces bons-citoyens-bien-intégrés-dans-la-société-civile, ces vies brutalement fauchées par un sociopathe dont on saura tout du suicide (ouf !) mais rien de l’enterrement. L’ex-responsable local de la Ligue des Droits de l’Homme est, de fait, déchu de toute dignité humaine. Il ne mérite que notre mépris. Qu’on se le dise, il n’y a pas de mauvais système, il n’y a que de mauvais individus. D’ailleurs, le JT l’a dit : c’est un « raté ». On ne va pas s’attarder sur un « raté » non plus. On est trop occupé à chialer. On veut pas se prendre le chou sur les raisons profondes qui poussent un humaniste à se changer en tueur. Donnez-nous juste du sang et des larmes. En boucle si possible. C’est ce qui nous fait vibrer. Et jetez l’autre dingue dans l’auge à cochons, s’il-vous-plaît.
Mr Schtroumpf éteint enfin le poste. Toutes ces larmes de crocodile ne l’ont pas rendu plus intelligent. Rien, pas une amorce de réflexion poussant un homme à commettre ainsi l’irréparable. Personne pour dénouer le canevas de cette funeste logique. Des faits, rien que des faits. Reste qu’il est désarçonné, Mr Schtoumpf. Les « inégalités sociales » ne suffisent pas à expliquer pourquoi on lui a gratuitement rayé l’aile de sa voiture, pourquoi il se sent obligé de presser le pas dans la rue, pourquoi soudain tant de visages hostiles. Il veut d’autres mots. Des mots qui collent à sa réalité à lui. Des mots qui expliquent son angoisse. On lui parle alors « d’insécurité ». Oui, voilà, il se sent en « insécurité ». Lui, la victime qui ne fait de mal à personne, l’humaniste creux qui s’accroche à son statut précaire de Français moyen, et qui s’appesantit, une main sur le cœur, des lointaines folies d’un monde détraqué, et qui recourbe le dos dans l’isoloir pour nommer quelqu'un qui repoussera ailleurs ces horreurs de proximité qui lui gâchent la vie, lui, l’idiot de service qui veut gagner des millions, n’a pas compris que la véritable insécurité est celle du système économique dans son ensemble, de ce monstre sans visage que la crétine majorité n’a même pas idée de remettre en cause. Mieux vaut localiser le mal dans les banlieues, les squatts, les gares RER, sur la couleur de peau, dans les dossiers psychiatriques. Il n’a pas forcément tort mais on ne va pas le plaindre, Mr Schtroumpf. Il a ce qu’il mérite puisqu’il adhère à cette idéologie qui, dans son essence même fabrique des perdants. Que serait donc la richesse si elle n’avait pas la pauvreté à ses côtés ? Seulement, on le dit, on le sait, on le répète. La richesse se concentre, et la pauvreté s’étend.

Mais les tentacules du système s’étendent encore bien plus bas.
Plus bas encore, tout en bas de l’échelle il y a ceux qu’on n’entend jamais.
Les innocents, les vrais. Les sans-mots ou les sang-maux au choix. Ceux qui n’ont rien demandé à personne sinon le simple droit de vivre.
Ceux qui ne peuvent se défendre, qui se cachent, qui vivent dans la peur, qui hurlent plus fort que tous les autres mais dont les cris ne parviennent jamais jusqu’à nos oreilles.
Ceux qui sont littéralement nés en Enfer, ceux qui vivent l’enfer de l’enfermement. Qui vivent en camp de concentration et qui n’ont aucun ambassadeur officiel.
Vous avez deviné ? Bien sur que vous avez deviné. La sémantique de faux-jeton les rebaptise poulaillers, élevages, prizoos, laboratoire d’expérimentation.

Moi je l’appelle l’industrie de la Souffrance.

La torture institutionnalisée par les Ministères de la Recherche et de l’Agriculture. Je les ai vu ces images qu’on nous cache et qui font honte à mon « humanité » bien plus qu’un Le Pen au second tour. Je les ai vu ces dizaines de chats dans une cage, qui se marchent dessus, affolés par l’odeur de mort, qu’un type en combinaison enfourne dans une chambre à gaz avant de les jeter à la benne. Ces singes au cerveau ouvert sur lequel on greffe des broches électroniques, des vis, des pistons, ces lapins vivants aux oreilles entièrement brûlés, ces gros porcs dans leur box métalliques, ces autres chats avec le cerveau connecté à une machine, et qui pend devant les yeux (!),  ce chien - encore vivant - à l’abdomen entièrement brûlé, tous ces cadavres d’animaux, déchiquetés, brulés, mélangés entre eux dans un sac poubelle, ces poules d’élevages à qui ont brise le bec pour éviter que leur folie ne les pousse à s’entretuer dans leur batterie, où qu’on nourrit à la viande jusqu’à ce qu’elles deviennent obèses, qu’elles s’écroulent sur leur pattes, ce porc suspendu par des chaînes et qu’on écartèle en plaisantant, ces tigres qu’on tuent pour en faire de la moquette, ou quelque boisson aphrodisiaque.
Vous aimez les chiffres ? Vous les déifiez ? Alors que régulièrement, on commémore, une main sur le coeur, les 50 millions de victimes de la deuxième grande boucherie mondiale, les labos torturent chaque année en toute impunité, 100 millions d’innocents, dont le seul crime est de ne pas être humain, et uniquement pour notre bon plaisir.

C’est ce monde-là que vous me proposez ? Fait de souffrances institutionnalisées, d’injustice économique, de folie rampante, de crises des valeurs, on pourrait écrire en écrire des pages et des tomes, sur cette humanité dévoyée, égoïste, médiocre, idiote. Ou sont-elles les nobles valeurs de l’humanité sur lesquelles je puisse m’accrocher, sans passer pour un hurluberlu ? Ou je puisse m’investir sans crainte de participer sciemment au grand chaos ?
Quoi, j’enfonce des portes ouvertes ? Encore faut-il avoir le courage d’en franchir le seuil.

-  Ca y est, tu es content, tu as lâché ta petite crotte de sous-rebelle du dimanche ? Pauvre naze, tu te prends pour le Messie ou quoi ? C’est quoi ces dénonciations d’enfant gâté ? Tu crois qu’on t’a attendu pour débiter un tel ramassis de banalités ? Qui crois-tu émouvoir avec ton petit musée des horreurs ? Tu crois que le monde n’est pas conscient de tous ces fléaux, de tous ces dangers en devenir ?

-  Le monde n’est pas conscient, il est juste informé. Nuance.

-  Et alors ? Tu n’as pas compris que tout le monde s’en fout ? Que chacun défend son beefsteak comme il peut au jour le jour ? Si tu te laissais un peu aller, toi aussi tu t’habituerais au malheur, comme tous les autres. Alors refermes le dossier, et profites. Fait la fête, même s’il n’y a rien à fêter. Donnes-toi les moyens d’une bonne petite vie stable, normale, à la recherche d’un petit bonheur, normal lui aussi. L’humanité se contrefiche pas mal de tes babillages, ou de tes vaines interrogations métaphysiques. Mais bien sur, tu n’as pas ce courage. Tu préfères crier au loup bien planqué de ton terrier. Tu préfères mettre tes échecs personnels sur le dos d’un monde en déliquescence, plutôt que sur ta propre nullité, sur ton incompétence chronique à relever les défis de la réalité. Que cela te plaise ou non, il n’y a pas de monde parallèle. Pas de monde meilleur que celui-là. Et tu n’y changeras rien, sinon il y aurait eu des signes avant-coureurs. Tout ce que tu fait, c’est te couvrir de ridicule et te gâcher la vie. D’ailleurs, petit hypocrite de merde, tu es mal placé pour jouer au donneur de leçon. Le seul discours crédible, c’est celui qui précède l’action. Or, tu viens de faire 3000 bornes en diesel, tu achètes des steacks hachés en promotion qui viennent de ces « hôoorribles » abattoirs, quand tu as un bobo tu cours à la pharmacie, tu ne tries pas tes déchets, tu ne partages pas ton pain avec les clodos qui tendent la main, tes livres ne sont pas en papier recyclé, ton électricité journalière est nucléaire, et tu ne laves pas encore ton linge au savon de marseille. Dans tous tes actes quotidiens, tu alimentes ce système que tu vomis tant. C’est vraiment l’hôpital qui se moque de la charité. Alors écrases, veux-tu ?

[Okay, je m'écrase... pour l'instant]
[Aujourd'hui, mon opinion n'a pas réellement changé, même si je me suis radouci, et que je suis plus nuancé dans mes jugements...]

Publié dans Défouloir

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