Lettre à Chirac

Publié le par Galien -

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[Lettre envoyée le 19 mars 2005, écrite compulsivement après avoir vu Chirac à la télé qui devient incontinent, au vu des derniers sondages négatifs sur le référendum constitutionnel]


Monsieur le Président,

Bien que je sois européiste dans l’âme, je voterai « non » à la Constitution Européenne.
Les raisons sont simples, beaucoup plus simples que le pavé constitutionnel : Vous n’avez pas su nous faire rêver. Vous n’avez pas su élever haut-en-couleurs un projet majeur qui devrait susciter l’euphorie collective. Le problème de la Constitution Européenne, c’est qu’elle n’a rien de Sacré. Prenez un Américain : évoquez-lui la Déclaration d’indépendance, ou sa propre Constitution. Ce sont plus que des textes : ce sont des objets de religion. Et même s’il n’est pas juriste, il pourra vous dire deux-trois mots sur le 1er amendement qui forme le pilier de sa nation.
La Constitution européenne ? Rien d’autre qu’un document administratif, lourd et impersonnel, avec lequel on pourrait assommer un cheval.

L’Europe. Qu’est-ce que c’est ? Pour moi, jeune français assez au fait de l’actualité, l’Europe reste un grand « machin » indescriptible et vague. C’est un lego d’institutions, aux murs froids et lisses, dont j’ignore le rôle et l’étendue.
J’ignore ses prérogatives, j’ignore quel degré de fédéralisme existe en Europe, j’ignore sa logique, et pire que tout, j’ai l’impression que l’Europe m’ignore. Le seul moment où je me sens « un peu » européen, c’est lorsque je passe la frontière débarrassée des douaniers, où que je regarde, à la caisse des supermarchés, où ont été frappés mes euros.

En revanche, je sais ce qu’est une Constitution. « Tout les hommes naissent libres et égaux en droits ». Ca, ça a de la gueule ! Ca, c’est du poing sur la table ! Voilà quelque chose d’inscrit dans l’inconscient collectif, et qui fait vraiment partie du patrimoine national.
Ainsi, même si nous ne sommes pas spécialistes, nous avons une certaine idée de la Constitution. Nous savons qu’elle domine et oriente toutes les lois, mais surtout que son contenu doit avoir une grande portée symbolique, et qu’elle s’impose à nous par la force, l’évidence, la clairvoyance de son projet.

Il faut du limpide, monsieur le Président. Les institutions, le projet, le rêve. Le rêve, n’oubliez jamais ce mot, il renverse des montagnes.
Le rassemblement ne se décrète pas. Il doit se répandre et nous saisir comme un hymne.

Jusque-là, je voterai non, et toujours non au grand « machin » tel que la technocratie souhaite nous l’imposer. Et si elle nous l’impose par la force du vote à huis-clos, eh bien, je la mépriserais, profondément. Ce n’est pas ce que vous souhaitez, j’espère ?

Alors, je n’ai qu’une question à vous poser, Monsieur le Président : Où est passée l’Europe ?

[Jusque là, aucune réponse de l'Elysée.]
[Après-coup, je me suis rendu compte que que le coup des hommes égaux en droit, eh bien, c'est marqué dans la déclaration des Droits de l'homme, pas la Constitution, enfin je crois...]
[Sinon, le truc, c'est que je ne suis même pas inscrit sur les listes électorales...]

Publié dans Défouloir

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